Comment exprimer son désaccord. Un guide (ou une compagnie)

Collectif Radikales Desadaptadas. Octaedro Editorial.

Titre original : Cómo disentir. Una guía (o compañía). Première édition en langue espagnole : mai 2024.

Auteurs du texte : Collectif Radikales Desadaptadas, composé de Leticia Barbadillo, Ignacio Calderón, Alejandro Calleja, Marta Casal, Concha Casasnovas, Susana Fajardo, María Luisa Fernández, Sandra Fernández, María José G. Corell, Sonia Hermida, Belén Jurado, Luz Mojtar, Carmen Moreno, Carmen Saavedra, Fernanda Valdés et Paula Verde.

Auteur des images : Paula Verde.
Éducation inclusive. Quererla es crearla https://creemoseducacioninclusiva.com/

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Ce document s’inscrit dans le cadre des projets de R+D+I « Narrativas emergentes sobre la escuela inclusiva desde el Modelo Social de la Discapacidad. Resistencia, resiliencia y cambio social » (RTI2018-099218-A-I00) et « Narrativas emergentes para la construcción de escuelas inclusivas » (PID2022-140193OB-I00), financés par le Ministère de la Science et de l’Innovation.

ISBN : 978-84-10282-22-3. Ediciones OCTAEDRO, S.L.. Calle Bailén, 5 – 08010 Barcelone. Téléphone : 93 246 40 02. Courriel : octaedro@octaedro.comwww.octaedro.com. Publication en libre accès – Open Access.

Sommaire

  • Qui a rédigé ce guide 
  • Introduction  
  • Étapes 
    • Identifiez la situation
    • Proposez des alternatives et des solutions
    • Informez-vous et documentez-vous
    • Préparez-vous émotionnellement
    • Recherchez des alliances
    • Recourez à des instances supérieures
    • Documentez le processus
    • Dénonciation publique
    • Évaluez les résultats (et les conséquences)
    • Ajoutez votre nom
  • Conseils
  • Ressources

Qui a élaboré ce guide

Tous les membres du groupe Radikales Desadaptadas ont participé de mille et une manières à la préparation, à la conception et à l’élaboration de ce guide. Chacune des personnes faisant partie de ce collectif est membre de la famille de personnes en situation de handicap et a dû, à des centaines d’occasions, exercer différentes formes de dissidence pour lutter en faveur d’une société plus équitable et inclusive.

Alejandro Calleja, Belén Jurado, Carmen Moreno, Carmen Saavedra, Concha Casasnovas, Fernanda Valdés, Ignacio Calderón, Leticia Barbadillo, María José G. Corell, María Luisa Fernández, Marta Casal, Paula Verde, Sandra Fernández, Sonia Hermida et Susana Fajardo sont des mères, des pères ou des frères et sœurs de personnes désignées par le handicap, mais aussi des professionnels de l’éducation, de la gestion culturelle, de la santé et d’autres secteurs qui ont apporté à ce projet leurs différentes expériences personnelles et professionnelles, ainsi que leurs regards et leurs manières d’être au monde.

Toutes ont ouvert, par la dissidence, comme elles l’ont fait à maintes reprises, des voies alternatives pour guider leurs filles, fils et frères et sœurs dans leur parcours au sein du système éducatif et dans leur quotidien, dans une société qui est encore loin d’être inclusive. Et elles y sont parvenues grâce à leurs petites barricades, en utilisant aussi bien la voie administrative que judiciaire, leurs espaces sur Internet via des blogs et des réseaux sociaux, mais aussi par leurs regards et leur activisme quotidien à petite ou grande échelle (d’une conversation à la porte de l’école jusqu’à un réseau de manifestations ou la dénonciation dans les médias).

L’activisme pour l’équité, l’inclusion éducative et les droits des personnes étiquetées par le handicap a été le lien qui a uni ce collectif, qui partage avec ce guide ses expériences en élevant la voix face à toutes sortes d’injustices : celles qui semblent minuscules, mais qui finissent par nous étouffer au quotidien, celles qui font de l’école un lieu inhospitalier, celles qui relèguent l’humanité au second plan et nous frappent parfois avec toute leur dureté. Car contester est un verbe que toutes les personnes de ce collectif ont conjugué à de multiples reprises, conscientes que tous les droits humains, sociaux, économiques et culturels ont toujours été conquis par la dissidence.

Introduction

Nous vivons dans un monde qui loue le consensus. Nous sanctifions l’accord et aspirons à parvenir à une entente dans tous les domaines : du conseil de quartier à la réforme du droit du travail. Par conséquent, nous renions la divergence et détestons la dissidence. Et pourtant, la dissidence a été interdite par toutes les dictatures, quel qu’en soit le signe. Dans les régimes totalitaires, la dissidence a été punie, persécutée et éliminée.

On affirme souvent que, pour qu’une démocratie fonctionne, il est primordial que l’opposition soit forte et que son travail soit aussi important que celui du gouvernement lui-même. Quiconque ne se sent pas contesté a tendance à abuser du pouvoir. Et le pouvoir, à favoriser le groupe privilégié. Tout l’écosystème social, politique et économique se tissera autour des intérêts de ce groupe. C’est pourquoi, pour les collectifs minorisés, quand ils ne sont pas directement opprimés, il ne reste pas d’autre voie pour la conquête des droits que celle du désaccord. Et c’est peut-être aussi la raison de la mauvaise presse du fait de diverger, du désaccord, de la dissidence.

La dissidence est le moteur des changements sociaux et de la conquête des droits. Elle remet en question l’ordre établi, le « on a toujours fait comme ça » et, surtout, l’oppression qui se normalise sur certains collectifs discriminés pour des raisons de sexe, d’ethnie, de fonctionnalité, d’orientation sexuelle, d’identité de genre ou toute autre caractéristique.

La dissidence de nombreuses femmes prises pour folles (et, à ce titre, incarcérées ou enfermées dans des hôpitaux psychiatriques) nous permet, à beaucoup d’entre nous qui sommes venues après, de prendre des décisions et d’exécuter des actions impensables à leur époque. La dissidence de Gandhi a mené 500 millions de personnes à l’indépendance face à la domination coloniale. Rosa Parks a exprimé son désaccord avec la loi qui l’obligeait à céder sa place dans le bus à un passager blanc et a allumé l’une des flammes du mouvement pour les droits civiques des Afro-Américains. Peu de temps après et sur un autre continent, le désaccord de Nelson Mandela contre le régime de l’apartheid sud-africain l’a conduit à être condamné pour terrorisme et à vivre emprisonné pendant près de trois décennies. En Stonewall, un groupe de personnes en désaccord sur qui elles devaient aimer a allumé un arc-en-ciel que portent depuis lors des millions de personnes qui, historiquement humiliées, affichent désormais la fierté d’être ce qu’elles sont.Les mères de la Plaza de Mayoont repris le flambeau de la dissidence de leurs filles et fils disparus. Dans la vallée de Swat, une jeune fille de quinze ans nommée Malala a reçu trois balles pour avoir exprimé sa dissidence face à l’interdiction qui empêchait les filles de son pays d’aller à l’école.

Mai 68, le Printemps de Prague, les manifestations de la place Tiananmen, le « Non à la guerre », Nunca Máis, la Pride LGTBIQ+, le 8 mars féministe, le mouvement 15M, l’explosion sociale au Chili, le mouvement Black Lives Matter ou le récent rejet des lois sur le voile obligatoire en Iran… tous ces mouvements ont été portés par des personnes qui ont exprimé leur désaccord et défié l’ordre établi.

Les conquêtes sociales et en matière de droits portent la signature de milliers d’individus et de collectifs qui ont su dire non. Et pourtant, le désaccord continue d’avoir une connotation extrêmement négative dans notre société.

Il est possible que la peur de diverger au sein du groupe remonte à nos ancêtres et à une époque où collaborer et parvenir à des accords présentait des avantages évolutifs pour l’être humain. Nous venons d’une vie en meute dans des environnements hostiles, où être rejeté par le groupe mettait en jeu la survie. Comme pour tant d’autres questions, nos changements sociaux, d’habitat et de coutumes ont été plus rapides que ceux de notre biologie. Et tout comme nos corps n’ont pas appris à ressentir différemment l’anxiété et le stress qui, par le passé, pouvaient nous sauver la vie, nos sociétés n’ont pas non plus su replacer le désaccord au sein du groupe.

Être d’accord avec la majorité nous a été bénéfique en tant qu’espèce. Cependant, l’obéissance aveugle et sans remise en question a également conduit l’être humain à commettre des atrocités. Nous devrions trouver un point d’équilibre et comprendre que la dissidence n’est pas une attaque, mais un moyen de nous arrêter pour réfléchir, en tant que groupe, si nous faisons ce qu’il faut et si nous allons dans la bonne direction.

Le collectif auteur de ce guide, tout comme ses lecteurs potentiels, vit dans une société où il est apparemment facile de diverger. Mais ce climat de liberté n’est pas tout à fait réel. Une pensée ou une idéologie plus ou moins unique a tendance à prévaloir, même si les variantes tolérées de cette pensée officielle nous amènent à croire que nous jouissons de la liberté de diverger. Avoir cette liberté garantie ne garantit pas que nous puissions exercer cette divergence, ni qu’elle conduise à des résultats et à des changements réels.

De plus, la dissidence au sein d’une petite communauté (entreprise, organisation, famille) est presque toujours plus difficile à mettre en pratique. Plus le groupe est proche, plus sa capacité de pression est grande et plus on attend de chacun qu’il marche dans la même direction. Cela est particulièrement vrai au sein d’une communauté éducative, de l’école.

L’école n’est pas un lieu qui accueille bien la dissidence. Ce qui la fait souvent ressembler davantage à un régime totalitaire qu’à une démocratie. La dissidence est punie, persécutée et éliminée de manières très subtiles.

Ce guide s’est donné pour objectif de valoriser la dissidence et la nécessité de celle-ci au sein de l’école. Celles et ceux qui ont participé à son élaboration ont l’expérience de la dissidence entre ses murs. Nous sommes un groupe composé de familles et de professionnels, et notre désaccord est né de la violation des droits de nos proches ou de nos élèves au sein du système éducatif. Nous souhaitons que ce texte serve à guider dans la dissidence les trois secteurs qui composent l’école : le corps enseignant, les familles et les élèves.

Le corps enseignant dissident a besoin de sécurité dans ce qu’il fait différemment et de courage pour ne pas cacher son désaccord face aux choses qui ne sont pas faites comme elles devraient l’être. Les familles ont besoin de connaissances qui fondent leur dissidence et d’alliés « légitimés » qui soutiennent leurs revendications. Les élèves ont besoin d’exemples de dissidence et de concevoir la possibilité de contester dans un environnement qui provoque souvent l’obéissance et la soumission. Nous tenterons de réunir tous ces besoins dans une même stratégie qui serve à tout le monde.

Mais surtout, nous aimerions qu’il soit compris que le conflit peut aussi être positif pour tout l’écosystème scolaire. Que diverger ne signifie pas agresser, mais réclamer des droits qui pourraient être bafoués ou souligner la nécessité de changements qui aideraient à améliorer les apprentissages et les soins que l’école devrait offrir.


Expérience de Asch et syndrome de Solomon

En 1951, le chercheur pionnier en psychologie sociale Solomon Asch a mené une expérience sur la conformité au groupe. Ou, ce qui revient au même : sur la peur de diverger. Cette expérience démontrait comment l’environnement et la pression sociale influencent le comportement humain et peuvent induire volontairement les personnes en erreur.

Dans l’expérience d’Asch, on disait aux participants qu’ils allaient participer à un test de vision et on leur montrait une carte avec une ligne imprimée dessus. Ensuite, on leur montrait une autre carte sur laquelle apparaissaient trois autres lignes. On leur demandait d’indiquer laquelle des lignes de la deuxième carte (a, b, c) était identique à celle qui apparaissait sur la première. En réalité, au sein de chaque groupe, il n’y avait qu’un seul véritable participant, car le reste des personnes qui le composaient étaient de mèche avec le chercheur. Bien que la solution fût très évidente, les complices donnaient des réponses erronées, comme ils l’avaient convenu avec le responsable de l’expérience. Les véritables sujets de l’étude devaient donner leur réponse après avoir écouté les autres.

Alors que dans le groupe témoin (sans complices du chercheur), le taux d’erreur était inférieur à 1 %, il a atteint 37 % dans l’expérience. 75 % des participants ont fini par donner des réponses incorrectes au moins une fois et seulement 25 % ont toujours donné la réponse correcte. L’expérience démontrait que la pression du groupe conduisait à prendre des décisions erronées, même lorsqu’il était évident qu’elles étaient contraires à la réalité et au bon sens.

Le syndrome de Solomon a été baptisé ainsi pour désigner la peur d’une personne de se démarquer ou d’être en désaccord au sein du groupe par crainte d’être rejetée. Le sujet écarterait ses propres idées et décisions pour choisir de penser ou de faire la même chose que le groupe. Il ne manifesterait pas de dissidence.

Il est urgent d’apprendre à nos enfants, filles et garçons, à être en désaccord. Car le contraire de la dissidence est le consentement, et nous devrions les préparer à ne pas consentir à des situations, des faits ou des actions avec lesquels ils ne sont pas d’accord, qui leur causent de la douleur ou qui sont même violents pour eux. Apprendre à être en désaccord, c’est valoriser le jugement propre à des âges où la pression du groupe a tant de poids et peut les conduire à des situations qu’ils ne souhaitent pas réellement, avec lesquelles ils ne se sentent pas à l’aise ou qui peuvent leur porter préjudice. Nous devons leur apprendre à dire « Moi, non ». Et c’est exactement en cela que consiste la dissidence.

En définitive, l’objectif de ce guide est d’orienter vers la dissidence toute personne ayant besoin de l’exercer. Mais nous sommes conscients que la dissidence ne peut aboutir si celui qui détient le pouvoir ne s’ouvre pas à l’écoute de celui qui est en désaccord, afin de pouvoir construire ensemble une meilleure école. Une école qui n’accepte pas l’injustice et qui défend les droits de toutes et tous. Ainsi, ce guide sur « Comment être en désaccord » devrait être complété par un autre qui pourrait bien s’intituler « Comment recevoir des remises en question sur mon travail », « Comment écouter » ou « Comment me remettre en question si je provoque de la souffrance ».

La dissidence qui sauve des vies

Au milieu du XIXe siècle, les chiffres de mortalité chez les femmes en couches à cause de la fièvre puerpérale (connue sous le nom de « fièvre des accouchées ») étaient terrifiants. Ignaz Semmelweis était un médecin hongrois qui exerçait dans une maternité de Vienne où il existait deux salles d’accouchement. Dans la Clinique 1, qui était prise en charge par des obstétriciens et des étudiants en médecine, la mortalité était jusqu’à cinq fois plus élevée que dans la Clinique 2, prise en charge par des sages-femmes et des étudiantes en soins infirmiers. Semmelweis a enquêté sur la cause possible et a découvert que la seule différence était que les étudiants de la première clinique assistaient aux accouchements après avoir suivi des cours dans la salle d’autopsie, des pratiques que ne réalisaient pas les aspirantes sages-femmes. Il a ainsi établi un lien entre la contamination cadavérique et la fièvre puerpérale, et a proposé un lavage approfondi des mains avant de s’occuper des parturientes pour réduire l’énorme taux de mortalité de cette salle.

Lorsqu’il a transmis cette découverte à ses collègues, ses idées ont non seulement été rejetées, mais leur auteur a été traité de fou. Au fond, sous-jacente, se trouvait l’accusation faite à ces médecins d’être les responsables de la mort de leurs patientes. Une profonde dépression provoquée par ce dénigrement public et le licenciement de l’hôpital a fini par conduire Semmelweis à l’internement dans un hôpital psychiatrique, où il est décédé à 47 ans des suites des coups portés par l’un des gardiens. Nous pourrions dire que le fait de diverger a conduit le docteur Semmelweis à une mort prématurée, mais il a sauvé la vie de millions de femmes lorsque, par la suite, ses théories ont été révisées et acceptées.

Ceux qui n’ont pas exprimé leur désaccord sont les assistants de cabine du vol 173 de United Airlines, qui a décollé le 28 décembre 1978 de l’aéroport de Denver avec 190 personnes à bord. À l’approche de leur destination à Portland, un problème est survenu au niveau du train d’atterrissage. Pendant une heure, ils ont volé en cercle en se préparant à un éventuel atterrissage d’urgence. Toute l’attention du commandant de bord s’est concentrée sur le problème détecté, tout comme celle des deux autres membres d’équipage, qui n’ont pas remarqué que le carburant s’épuisait. Et s’ils l’ont remarqué, ils n’ont pas voulu exprimer leur désaccord afin de ne pas inquiéter l’autorité, ou ils ne l’ont pas fait avec suffisamment de force pour que celle-ci prenne leurs avertissements au sérieux. Le résultat fut 10 morts et 21 blessés graves.

À la suite de cet accident, un processus de formation du personnel de cabine a été lancé pour améliorer la coordination entre ses membres, communiquer plus efficacement et réduire les erreurs du commandant. Les compagnies aériennes ont promu un protocole de gestion des ressources de l’équipage (appelé CRM pour ses sigles en anglais) qui introduisait des améliorations dans la communication interpersonnelle, visant à empêcher que la hiérarchie ne fasse obstacle (que ce soit par la crainte imposée par cette distance professionnelle ou par manque de confiance en soi) à la contradiction de l’autorité maximale dans la cabine lorsque des erreurs étaient détectées. Le droit d’exprimer son désaccord a été officiellement institué dans les avions comme un moyen de sauver des vies.

Étapes

  1. Identifiez la situation
  2. Proposez des alternatives et des solutions
  3. Informez-vous et documentez-vous 36
  4. Préparez-vous émotionnellement 42
  5. Recherchez des alliances
  6. Recourez à des instances supérieures
  7. Documentez le processus
  8. Dénonciation publique
  9. Évaluez les résultats (et les conséquences)
  10. Ajoutez votre nom

Étape 1. Identifiez la situation

Identifiez et isolez les pratiques ou situations qui vous mettent mal à l’aise. Essayez de comprendre l’origine de ces processus qui vous causent du malaise. Il est normal de se demander si vous avez raison ou non de vouloir changer ou inverser une situation donnée, mais ne perdez jamais de vue que les autres personnes commettent aussi des erreurs, ont des préjugés ou se laissent porter par l’inertie. Le processus de dissidence commence lorsque nous nous sentons légitimes, au moins, de douter et de vouloir connaître les motifs des actions qui ne nous convainquent pas.

S’il y a plusieurs situations, nous devons les ordonner et prioriser leur importance. L’idéal serait de tout résoudre en une fois, mais il vaut mieux choisir un ou deux objectifs incontournables et y investir tout notre temps et notre énergie.

Histoire d’Andrea

Andrea est une élève autiste qui n’a pas de langage verbal. Sa famille n’a aucune information sur le déroulement de sa journée dans l’établissement, le nombre d’heures qu’elle passe dans la classe spécifique, à quels cours de la classe de référence elle assiste, quelles tâches/activités elle réalise, avec qui elle interagit, à quoi elle joue, à côté de qui elle s’assoit à la cantine… Absolument rien. L’agenda revient à la maison vide chaque jour. Et chaque jour, quand Elena, sa mère, vient la chercher à la porte de l’établissement et demande comment s’est passée la journée à la personne chargée de la lui remettre, celle-ci répond toujours par un simple « bien ». Rien de plus.

De plus, Andrea ne participe pas aux sorties organisées par la classe de référence et parfois même pas à celles de la classe spécifique. Elena apprend l’existence de ces excursions par hasard, au gré des commentaires qu’elle entend de la part d’autres mères, pères ou enfants devant l’école.

Elena remarque que presque chaque semaine, il manque un élément du matériel que sa fille apporte en classe dans sa trousse. Un jour, c’est une gomme en forme de fraise, un autre jour un feutre à paillettes, un autre encore un stylo que sa cousine lui avait rapporté d’Eurodisney… Sa fille ne peut pas lui expliquer pourquoi ces objets manquent.

La plupart des jours où Elena vient chercher sa fille, elle perçoit les coups de coude, les chuchotements et les rires étouffés d’un groupe de filles de la classe d’Andrea lorsqu’elles passent à côté d’elles. Elena se demande ce qui se passe et comment ces filles agissent à l’intérieur des murs de l’école. Andrea ne peut rien lui raconter.

Les problèmes soulevés sont multiples, et la famille d’Andrea décide de donner la priorité à celui de la communication avec l’établissement, car cela permettrait de résoudre plusieurs des situations détectées qui leur causent préoccupation, douleur et inquiétude.

L’histoire de Miguel

Miguel commence l’année scolaire en tant que professeur d’histoire dans un nouvel établissement d’enseignement secondaire. Parmi ses élèves de 2.ºB se trouve Gael, un garçon diagnostiqué avec le syndrome de l’X fragile. La direction prévient Miguel que, durant les premières semaines, ils ne pourront pas compter sur le spécialiste en pédagogie thérapeutique qui a été demandé pour cet élève. Miguel arrive d’un établissement où la diversité sous toutes ses formes était présente dans les salles de classe et il ne voit pas la présence de Gael dans ses cours comme un problème. En fait, il considère que la diversité des profils parmi ses anciens élèves l’a enrichi en tant qu’enseignant car elle l’a obligé à rendre ses cours plus flexibles et dynamiques. Durant ces semaines, Gael se montre participatif dans ses cours : il est attentif, il participe, il apprend.

Lorsque l’enseignant spécialisé arrive dans l’établissement, Gael n’est plus présent en classe. Il passe presque toute la journée dans une salle à part avec lui. Cela ne se produit pas seulement pendant les cours d’histoire, mais dans la plupart des matières, à l’exception de la musique, des arts plastiques et de l’éducation physique.

Étape 2. Proposez des solutions et des alternatives

Recherchez des voies de communication avec l’autre partie et proposez des alternatives ainsi que des solutions possibles. Commencez par le plus simple : même si vous avez tout préparé comme pour une audience devant la Cour suprême, entamez le processus de la manière la plus informelle et la plus aimable possible. Demandez un entretien ou une réunion avec la personne concernée, selon votre situation au sein de l’école (famille, enseignant, élève). Essayez d’exprimer ce qui vous dérange sous forme de questionnement et tentez sincèrement de comprendre pourquoi la situation actuelle se produit. La cordialité est toujours souhaitable ; faites tout votre possible pour la maintenir (dans certains contextes, c’est compliqué car toute réclamation est interprétée comme une déclaration de guerre), mais ne permettez pas qu’elle devienne un chantage qui vous contraindrait à renoncer à la défense de vos droits.

Lors de ces rencontres, n’ayez pas peur de dissimuler les émotions que la situation vous procure : la souffrance en elle-même n’est peut-être pas un argument, mais il est important que les personnes responsables soient conscientes des effets de leurs décisions.

Fixez vos limites. Il est fort probable que, par besoin de voir une situation changer, vous assumiez la responsabilité de la résoudre personnellement si on vous le permet. C’est compréhensible, mais il est important que vous soyez conscient que ce n’est pas souhaitable. Votre bonne volonté et votre collaboration (qui sont toujours les bienvenues) ne doivent pas devenir l’excuse pour que les personnes ou les structures n’assument pas leurs responsabilités professionnelles. Soyez toujours disponible pour faciliter les choses, mais sans renoncer à exiger que les personnes assument leurs compétences en la matière et utilisent les outils qu’elles ont à leur disposition, en raison de leur travail professionnel ou de la responsabilité de leur fonction.

Si vous avez de la chance, tout s’arrête ici. Votre dissidence n’est pas seulement une opposition, vous avez démontré votre volonté de collaborer pour proposer des solutions au problème. Si l’autre partie est disposée à écouter, à reconnaître l’erreur de la situation et à la corriger, les points restants de ce guide ne seraient plus nécessaires.

Nous aimerions que les situations se terminant au point 2 soient nombreuses, mais comme l’expérience a malheureusement montré à ceux d’entre nous qui ont rédigé ce guide que ce n’est pas la norme, mais l’exception, suivez les six étapes restantes que nous vous proposons dans ce document.

L’histoire d’Andrea

Pour revenir à la problématique soulevée dans l’exemple de l’étape 1, il est proposé d’améliorer la communication via l’agenda de l’élève. Les parents d’Andrea demandent un rendez-vous avec le tutorat, le service d’orientation et les autres personnes responsables de leur fille. Ils exposent la situation et le besoin de savoir comment se déroule la vie d’Andrea au sein de l’établissement, le besoin d’information.

de la part de sa famille. Il est fort probable que leur demande soit entendue et acceptée, ils accorderont donc un délai pour recevoir ces informations. Si la situation se résout, le conflit prend fin. Mais si ce manque d’information et de communication persiste, ou s’il ne se produit que dans les premiers jours suivant la réunion avant de décliner progressivement, vous devrez prendre d’autres mesures (étapes 3 à 9).

Histoire de Miguel

De son côté, Miguel s’entretient avec l’enseignant spécialisé pour lui transmettre que Gael est l’un de ses élèves et qu’il souhaite qu’il soit en classe avec le reste de ses camarades. Il lui fait comprendre qu’ils peuvent tous deux participer au processus éducatif de cet élève et que lui, en tant que spécialiste, peut intervenir au sein de la classe pour aider à mieux répondre à la diversité des élèves, en incluant Gael.

Étape 3. Informez-vous et documentez-vous

Rassemblez des informations sur vos droits et la législation qui les garantit. Vous pouvez trouver une sélection de textes fondamentaux sur le droit à l’éducation inclusive dans https://creemoseducacioninclusiva.com/defendemos/.

Informez-vous en profondeur sur vos droits en tant que professionnel, famille ou élève : localisez toute la réglementation susceptible de vous concerner (nationale, régionale, propre à l’établissement) et, si vous y avez accès, parlez de votre situation avec différents professionnels qui pourront vous conseiller.

Étudiez et apprenez bien vos motifs et vos arguments. Préparez les contre-arguments éventuels que l’on pourrait vous opposer et répétez vos réponses. Cherchez des alternatives et des solutions possibles, si possible avec des exemples de lieux où elles sont mises en œuvre. Faites des recherches. Il peut être utile de tout écrire, d’organiser vos idées et de les relire. Cherchez du soutien : dans le cas d’une famille, si vous êtes deux adultes responsables, essayez d’être toujours présents tous les deux lors des réunions et montrez que les communications sont concertées ; si vous êtes enseignant ou enseignante, cherchez du soutien auprès de collègues qui pourraient être dans la même situation que vous ; et s’il s’agit d’un élève, réfléchissez aux autres camarades qui pourraient bénéficier de votre réclamation et qui pourraient vous soutenir.

Autorisez-vous à faire des erreurs. Ne vous blâmez pas pour avoir perdu votre calme dans certaines situations, pour ne pas avoir eu une donnée qui aurait pu être clé, pour ne pas maîtriser un délai ou une procédure… Vous êtes une mère ou un père inquiet, un professionnel engagé dans son travail ou une jeune personne qui veut défendre ses droits, pas un robot professionnel de la persuasion ou des processus administratifs. Il y a beaucoup de choses qui ne dépendent pas de vous, et vous commettrez des erreurs. Mais dans la plupart des cas, ce ne sont ni vos erreurs ni vos réussites qui détermineront si une résolution positive de la situation sera atteinte. L’ignorance, les dynamiques structurelles et la résistance au changement sont bien plus puissantes qu’une seule personne, aussi implacable soit-elle.

Histoire de Miguel

La conversation de Miguel avec l’enseignant spécialisé (PT) assigné à Gael n’a pas l’issue qu’il recherchait. Le PT rejette sa proposition d’entrer dans la classe de référence car il estime que les séances individuelles avec Gael sont plus efficaces s’il n’y a rien ni personne autour pour le distraire.

Miguel s’adresse alors à la responsable du Département d’Orientation, qui ne le soutient pas non plus : Gael travaille mieux seul avec le PT. Elle allègue, en outre, que cet élève avait montré des « comportements perturbateurs » au cours de l’année précédente qui altéraient le déroulement des cours et que, pour cette raison, l’établissement avait demandé un PT préférentiel pour lui. Miguel constate que la plupart de ses camarades préfèrent que Gael soit hors de leurs classes et que les familles du reste des élèves considèrent également sa présence en classe comme préjudiciable.

Miguel soupçonne que ces comportements (qu’il n’a pas montrés avec lui durant les premières semaines de cours) pourraient être dus au fait que le matériel et le contenu des cours ne sont pas adaptés aux caractéristiques de Gael. Il observe et enregistre les heures que Gael passe à part avec le PT et vérifie que celles-ci dépassent largement ce que la législation prévoit pour le temps qu’un élève peut passer hors de la classe de référence. Il constate également que les objectifs et la méthodologie spécifiés dans les adaptations curriculaires approuvées pour Gael ne sont pas respectés.

L’histoire d’Ángela

Ángela est enseignante en école maternelle et ne souhaite pas utiliser de cahiers d’exercices, mais plutôt travailler par projets en s’appuyant sur les intérêts et la curiosité de ses élèves, tout en élaborant son propre matériel. Cela lui cause des problèmes avec la direction de l’établissement, qui n’est pas d’accord avec cette décision et préfère que tous les enseignants du cycle utilisent les mêmes manuels scolaires. Ángela s’appuie sur la législation, qui précise les objectifs et le programme académique du cours qu’elle dispense, mais qui n’indique en aucun cas que les manuels scolaires sont obligatoires.

Étape 4. Préparez-vous émotionnellement

Préparez-vous au fait que, malheureusement, il est fort probable que vous deviez entendre de nombreuses choses qui témoignent d’un mépris pour vous ou pour votre revendication, ou que vous deviez faire face à une absence totale de compréhension et à un immense sentiment d’impuissance.

Dissentir engendre une usure émotionnelle énorme. C’est une question presque physique. Des expériences menées avec des techniques de neuro-imagerie (Gregory Berns, 2010) démontrent que lorsque nous dissentons, les mêmes réactions physiques se produisent dans notre cerveau que lorsque nous ressentons de la peur. Les résonances magnétiques ont montré que les personnes qui dissentent subissaient des pics de stress dans l’amygdale (la zone du cerveau liée au traitement des émotions), ce qui refléterait la peur produite par le fait d’être en désaccord avec le groupe. À l’inverse, les conformistes montraient des niveaux de stress mental plus faibles, car leur cerveau consommait moins d’énergie et de ressources en empruntant le raccourci qui consiste à suivre le troupeau plutôt qu’à penser par soi-même.

Lorsque nous ressentons de la peur, notre cerveau nous pousse à nous éloigner de la source qui la provoque. C’est pourquoi il est plus facile d’acquiescer que de dissentir. Dissentir nous fait peur (de manière physique et littérale), et c’est pourquoi nous préférons la sécurité que garantit le fait de donner raison au groupe – même en sachant que la décision collective est erronée – plutôt que de risquer de nous retrouver seuls avec la certitude.

C’est pourquoi nous insistons sur la nécessité de se préparer émotionnellement.

Soignez les formes. Il s’agit de diverger dans le respect et la tolérance, avec le désir que les changements et les réformes que nous souhaitons impulser contribuent à faire de l’école un lieu meilleur, capable d’accueillir et de prendre soin de chacun.

Bien souvent, nous mettons tellement de temps à exprimer notre désaccord que, lorsque nous le faisons, la charge émotionnelle est si forte qu’elle nous empêche de le faire avec calme, nous poussant à agir sous le coup d’une émotion extrême : la douleur, la colère… Ce sont des émotions légitimes et précieuses, qui doivent être canalisées intelligemment. Nous pouvons construire à partir d’elles, tout en évitant que les formes ne viennent invalider notre revendication et déprécier le motif de notre désaccord.

Il est vrai que notre interlocuteur peut souvent répondre avec une attitude passive-agressive (celle que permet la position de privilège, celle que peut se permettre celui qui détient le pouvoir dans ce contexte), qui n’est pas interprétée socialement comme la violence qu’elle est réellement et qui peut nous amener à réagir avec une agressivité – la nôtre, pour le coup – manifeste. Ainsi, prendre conscience de cela pour ne pas perdre ses nerfs et son calme fait partie de cette préparation émotionnelle préalable.

L’histoire d’Andrea

La persistance d’Elena, la mère d’Andrea, dans ses réclamations finit par la faire étiqueter par la direction de l’établissement comme une mère « conflictuelle ». Les voies de communication avec les responsables de sa fille pendant les heures où elle est à l’école se ferment de plus en plus. De plus, le conflit avec ceux qui détiennent le pouvoir à l’école conduit d’autres familles à s’éloigner d’elle et de sa famille, car elles ne veulent pas être pointées du doigt et que cela soit interprété comme un soutien à cette famille, ce qui pourrait avoir des répercussions sur leurs propres enfants.

Histoire de Miguel

Miguel parle avec la famille de Gael pour leur expliquer que les droits de leur fils sont bafoués. Cependant, ses parents ne croient pas non plus en la capacité de Gael à apprendre et pensent qu’il vaut mieux qu’il reste à part avec l’enseignant spécialisé, « à faire ses petites choses ». Miguel constate qu’il a contre lui l’équipe de direction, le département d’orientation, presque tout le corps enseignant, les familles des élèves et la propre famille de Gael. Il est conscient que poursuivre ses réclamations en ayant toute la communauté éducative de l’établissement contre lui va nuire à la crédibilité de sa dissidence devant l’inspection et les autres instances éducatives. Il va être complètement seul dans ce combat, ce qui lui causera solitude et isolement. Il doit choisir entre la douleur émotionnelle que tout cela peut lui provoquer ou celle que lui cause déjà le constat de l’injustice que l’école commet envers Gael.

Histoire d’Ángela

Ángela, l’enseignante de maternelle, sait que sa détermination à mettre en œuvre un autre modèle d’enseignement et d’apprentissage en classe ne va pas seulement l’entraîner dans un conflit avec le directeur de l’établissement, mais qu’elle va probablement aussi se heurter à une partie de l’équipe enseignante : ces collègues qui préfèrent poursuivre avec les inerties du système et qui voient leur pratique menacée si d’autres familles commencent à réclamer la méthodologie d’Ángela. Et même ces collègues qui comprennent et partagent ses revendications n’oseront peut-être pas s’opposer à l’équipe de direction. Ángela doit se préparer à l’isolement social que sa dissidence au sein de l’établissement peut entraîner.

Étape 5. Cherchez des alliances

Cherchez des alliances et d’autres personnes qui se trouvent dans la même situation que vous. Les processus de dissidence ont tendance à s’inscrire dans la durée et s’avèrent épuisants. Recherchez autant un soutien émotionnel que des alliés formels. Trouvez des personnes à qui vous pouvez confier votre malaise sans honte et avec qui vous pouvez analyser votre action sans peur. Identifiez les membres de la communauté éducative qui peuvent partager votre point de vue et qui, idéalement, peuvent se joindre à votre défense de manière explicite. Ils sont difficiles à trouver, car la dissidence est profondément inconfortable et fait très peur (parfois à juste titre), c’est pourquoi nous n’avons l’habitude de le faire – du moins au début – que lorsque nous n’avons pas d’autre choix.

Histoire d’Andrea

Elena contacte une association de défense de l’éducation inclusive pour obtenir des conseils et être guidée dans sa réclamation afin que le droit à l’éducation de sa fille soit respecté. Ils lui proposent un conseil juridique pour étayer ses réclamations et lui fournissent des modèles officiels pour engager diverses procédures auprès de l’administration.

Histoire d’Ángela

Ángela sait que d’autres collègues de maternelle aimeraient franchir le même pas qu’elle, mais n’osent pas en raison des craintes que cette décision pourrait susciter parmi d’autres membres de l’équipe enseignante, voire des possibles confrontations. Ángela entame une démarche auprès de deux collègues pour former un front commun afin que sa décision ait plus de poids face aux réticences du reste des enseignants. Elle sait également que la nouvelle direction de l’association des parents d’élèves (AMPA) est plus impliquée dans les questions pédagogiques que la précédente et s’est fixé comme objectif d’encourager des changements dans les apprentissages. Ángela rencontre son conseil d’administration ainsi que les représentants des familles qui siègent au conseil d’établissement pour leur exposer directement son projet éducatif et obtenir leur soutien.

Étape 6. Recourez à des instances supérieures si nécessaire

N’ayez pas peur de recourir à des instances supérieures. Utilisez tous les canaux et outils formels à votre disposition. Il ne s’agit pas d’un problème individuel, mais d’une question qui affecte l’ensemble de l’établissement – car il peut y avoir d’autres familles, enseignants ou élèves dans la même situation, ou qui pourraient l’être à l’avenir – ainsi que le système éducatif dans son ensemble. N’ayez pas peur de solliciter des instances supérieures (équipe de direction, inspection, ministère de l’Éducation) ni les organes de représentation des familles (AMPA, conseil d’établissement). C’est une partie importante de leur fonction. Fournissez toutes les informations possibles pour qu’ils comprennent l’importance de la demande, car il est fort probable qu’ils ne soient pas familiers avec cette problématique spécifique. Apportez toute la documentation que vous avez pu rassembler.

Histoire d’Ángela

Ángela (l’enseignante de maternelle qui ne souhaite pas utiliser de manuels scolaires) fait appel à l’Inspection de l’éducation pour qu’elle valide et soutienne sa décision auprès de la direction de l’établissement.

Histoire d’Irene

Irene est une élève de 3.º de ESO qui a été élue déléguée de sa classe. Elle est enthousiaste et motivée par cette responsabilité et a des projets pour améliorer la situation de la classe. Cependant, la professeure principale lui assigne des fonctions qui n’ont que peu ou rien à voir avec ce rôle et qui, de plus, ne sont pas prévues dans le document officiel de l’établissement qui réglemente cette fonction.

Irene finit par devenir une sorte de secrétaire pour cette professeure et nombre de ses obligations font qu’elle est également perçue comme une sorte de « collaboratrice » par ses camarades, et non comme une personne qui veille à leurs intérêts. Par exemple, Irene doit noter quels camarades arrivent en retard en classe et quantifier le retard, leur rappeler qu’ils doivent passer un examen si la professeure oublie, les exercices qu’ils doivent corriger chaque jour ou les travaux à rendre.

Irene expose la situation à sa mère, qui lui dit que c’est à elle de la résoudre, alors elle décide de parler à la directrice du lycée, bien que ses camarades l’avertissent qu’elle va s’attirer des ennuis. Étonnamment, la directrice l’écoute, lui donne raison sur ses revendications et lui assure qu’elle parlera à cette professeure pour qu’elle ne lui confie que les fonctions qu’elle doit exercer en tant que déléguée.

L’histoire de Rubén

Le nouveau professeur du groupe de CM1 où se trouve Rubén (un enfant atteint du syndrome de Down) rejette la présence d’un élève présentant ses caractéristiques dans la classe. Son rejet se traduit par un abandon et une maltraitance qui gagnent en intensité. Rubén, en raison de ses caractéristiques, n’est pas en mesure de rapporter à sa famille la situation qu’il vit, mais celle-ci l’apprend grâce aux témoignages de ses camarades de classe, exprimés par l’intermédiaire de leurs parents. La famille de Rubén informe la direction de l’établissement de cette situation. La direction ne se contente pas de prendre parti pour l’enseignant, elle engage également une procédure pour que Rubén soit orienté vers un établissement d’éducation spécialisée.

Alejandro et Lucía, les parents de Rubén, refusent et optent pour l’instruction en famille plutôt que le transfert vers un centre spécifique, tout en faisant appel à diverses instances telles que la Direction provinciale de l’éducation ou le parquet des mineurs. Ces organismes non seulement ne les aident pas à résoudre la situation, mais ils ouvrent des dossiers à leur encontre et les dénoncent pour abandon de famille au motif que leur fils n’est pas scolarisé. La famille de Rubén fait alors appel successivement devant le Tribunal supérieur de justice de sa communauté autonome, le Tribunal constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg, jusqu’à saisir le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU (vous pouvez le lire ici : https://bit.ly/3LSnB2d).

Étape 7. Documentez le processus

Documentez tout le processus : faites enregistrer vos demandes, demandez les procès-verbaux des réunions, exigez les communications par écrit et, si vous sentez que cela peut être nécessaire, informez à l’avance que vous allez enregistrer les conversations (rappelez-vous que vous n’avez pas le droit de les diffuser). Ce que vous menez est un processus de réclamation, et il est important de le formaliser pour pouvoir garantir que les procédures sont respectées. Ces demandes peuvent être accueillies avec hostilité et vous mettre mal à l’aise, mais elles sont nécessaires. Considérez-les comme un moyen, même si tout se résout de manière positive et aimable, de laisser des preuves, vis-à-vis de l’Administration et d’autres personnes dans des situations similaires, qu’il y a beaucoup à améliorer dans de nombreux endroits, qu’il peut s’agir de questions structurelles et non de cas isolés.

Histoire de Jaime

Jaime est un enfant de 8 ans en classe de CE2. Au fil de l’année scolaire, Sara et Damián remarquent que leur fils va à l’école de plus en plus mécontent et qu’il souffre. Ils contactent d’autres familles de la classe et constatent que d’autres enfants ressentent une angoisse quotidienne et simulent des maladies ou des maux pour éviter d’aller en classe. Le récit de la quasi-totalité des élèves de cette classe concorde : l’enseignant crie continuellement, ils n’ont aucun lien avec lui, il néglige la supervision des tâches, fait preuve d’une apathie absolue et se limite au contenu et aux explications du manuel scolaire. Mais le pire pour tous est que le climat de la classe est terrible. Les punitions s’enchaînent presque quotidiennement : enfants privés de récréation ou avec des mots pour leurs familles, menaces de rapports, réprimandes continues. Les familles sont désespérées car elles voient leurs enfants perdre l’envie d’aller à l’école et d’apprendre, ce qu’ils montraient pourtant jusqu’à l’année précédente.

Plusieurs familles tentent d’aborder la situation individuellement lors d’entretiens avec l’enseignant. Face à l’absence de résultats de ces réunions, de nombreuses familles font part de leur mécontentement à la direction de l’établissement, aussi bien par des conversations téléphoniques que par des courriers officiels. Finalement, après plusieurs mois sans changement significatif, Sara et Damián rédigent un document soutenu par les signatures de 90 % des familles de la classe, qu’ils déposent cette fois-ci auprès de l’inspection académique. Ils y joignent la liste des réunions tenues au sein de l’établissement ainsi que les courriers qui y ont été présentés.

Étape 8. Dénonciation publique

Donnez-vous un peu de temps pour voir si la situation se résout après avoir suivi toutes les étapes précédentes. Si rien ne change, évaluez la possibilité de rendre la situation publique via les médias ou les réseaux sociaux. Il est douloureux, en plus d’être extrêmement injuste, de devoir s’exposer publiquement, mais, malheureusement, c’est souvent le moyen le plus efficace. La pression publique est parfois la seule motivation suffisante pour que certaines personnes et structures assument leurs responsabilités. Néanmoins, nous insistons sur le fait qu’il est conseillé de recourir à cette alternative en dernier recours, après avoir épuisé les précédentes, et toujours en préservant la dignité et l’intimité de l’enfant.

Histoire de Jacobo

Andrés est le père de Jacobo, un élève de 6e année de primaire qui se déplace en fauteuil roulant. Durant cette dernière année de primaire, il visite l’établissement où son fils suivra ses études secondaires ; c’est le même établissement que celui où s’inscriront ses camarades de toujours. L’établissement dispose de rampes et d’un ascenseur, mais ne possède pas de toilettes adaptées. Andrés s’entretient donc avec la direction et l’inspection académique pour demander que les travaux nécessaires soient réalisés avant la rentrée suivante. Il se rend régulièrement à l’établissement et constate que les travaux n’ont pas commencé. Les vacances d’été ne sont pas non plus mises à profit pour les effectuer. La rentrée a lieu et la famille de Jacobo se voit contrainte de se rendre au lycée tout au long de la matinée pour assister son fils, car il doit utiliser des toilettes adaptées situées dans un bâtiment contigu où son auxiliaire (aide-soignante) ne peut l’accompagner, car cela ne fait pas partie des installations de l’établissement. Andrés continue de réclamer auprès de la direction, de l’inspection académique et du ministère de l’Éducation de sa communauté autonome. Six mois plus tard, il parvient à ce que le journal le plus important de sa province publie l’information. Plus tard, une chaîne de radio et plusieurs télévisions l’interviewent et diffusent sa dénonciation. En quelques jours, la réclamation de la famille de Jacobo devient virale sur les réseaux sociaux et la pression sociale permet la réalisation des travaux qu’Andrés avait réclamés auprès de toutes les instances et responsables possibles pendant plus d’un an.

Étape 9. Évaluation des résultats (et des conséquences)

Analysez si des améliorations ont été constatées et examinez quelles actions concrètes ont pu contribuer à résoudre la situation pour de futures réclamations ou pour aider d’autres dissidents.

Dans le cas contraire, ne croyez pas que vos efforts ont été vains. Il est possible que, malgré la qualité de votre dissidence, l’énergie investie et les efforts déployés pour mener le processus avec bienveillance… le résultat soit profondément insatisfaisant. Reposez-vous et gardez à l’esprit que ce type de processus dépasse largement ses effets immédiats. Vous ne savez pas si votre réclamation aura ouvert une petite brèche permettant à quelqu’un de commencer à remettre en question sa pratique professionnelle, ou si elle aura inspiré une autre famille à réclamer ce qu’elle estime juste. Peut-être qu’en chemin, vous avez vous-même découvert que vous aviez plus de force pour affronter les choses que vous ne le pensiez, ce qui vous aidera dans une autre situation. Peut-être que rien de tout cela ne s’est produit, c’est vrai, car il faut beaucoup de grains de sable pour former une plage. Et vous avez apporté le vôtre.

Histoire d’Ángela

Dans le quartier où se trouve l’école d’Ángela, le bruit court qu’un groupe d’enseignantes travaille différemment, en dehors des manuels scolaires, et de nombreux enseignants demandent à être affectés dans cet établissement. Les demandes d’inscription en maternelle débordent et il n’y a pas assez de places pour toutes les familles qui choisissent cet établissement comme premier choix. Peu à peu, les collègues d’Ángela qui ne souhaitent pas changer leur façon d’enseigner finissent par demander leur mutation vers d’autres écoles où les manuels restent la colonne vertébrale de l’apprentissage. Le directeur prend sa retraite et l’une des enseignantes qui a impulsé les changements en maternelle aux côtés d’Ángela assume la nouvelle direction. L’établissement devient une référence : les élèves viennent avec bonheur (ce qui facilite les processus d’apprentissage), le personnel est motivé (ce qui facilite les processus d’enseignement) et les familles sont les bienvenues et deviennent une partie active de l’école (ce qui permet la création d’une véritable communauté éducative).

L’histoire d’Irene

Irene résout sa situation particulière à moitié : la tutrice (face à son refus de faire ce qu’elle exige) décide de la démettre de ses fonctions et la remplace par la sous-déléguée qui, elle, répond aux exigences de la professeure sans broncher. Le fait qu’Irene ait exprimé son désaccord n’a pas conduit à une résolution juste de la situation, mais cela a renforcé l’estime de soi d’Irene, l’a autonomisée et lui a permis de croire que la direction du lycée est ouverte à l’écoute des demandes des élèves. En fait, au cours de cette année scolaire et des suivantes, de nombreux camarades se tournent vers elle pour qu’elle soulève diverses questions auprès de la directrice. Irene la rencontrera pour diverses demandes concernant sa classe et en tant que représentante de l’ensemble des élèves du lycée.

Histoire de Jaime

Pour en revenir au cas du tuteur de la classe de Jaime, dont les pratiques et les attitudes sont dénoncées auprès de l’Inspection de l’éducation, la situation se résout de la manière suivante : l’inspecteur demande à la direction de l’établissement un rapport qui s’avère favorable à l’action du professeur. Par la suite, l’inspecteur suggère une réunion entre les familles, le tuteur et l’équipe de direction. À ce stade de l’année scolaire, la plupart des familles sont déjà fatiguées par la situation et, ne voyant aucune possibilité de dialogue réel avec le tuteur lors des entretiens précédents, considèrent cette éventuelle rencontre comme une perte de temps. Finalement, la réunion a lieu avec la présence d’un petit nombre de familles. La réponse du professeur et de l’équipe de direction consiste à attaquer frontalement un groupe restreint d’enfants – parmi lesquels se trouve Jaime – en les désignant comme responsables du malaise existant dans la classe.

Les familles de ces enfants présentes à la réunion sont accusées d’instiguer une conspiration contre le professeur qui, lors de cette même rencontre, menace de poursuivre toutes les personnes ayant soutenu le courrier présenté à l’inspection. Le professeur et l’équipe de direction font front commun en attaquant les familles, principalement les parents de Jaime, qu’ils considèrent comme les instigateurs de tout le processus. Cela représente pour Sara et Damián des mois de stress, des nuits sans sommeil et une pression continue. Ils sentent que leur dissidence non seulement n’a pas résolu le conflit, mais l’a aggravé. De plus, leur relation avec le reste des familles de la classe s’en ressent également ; au vu du résultat, ces dernières les blâment d’être responsables de la situation qui en a découlé. La famille de Jaime envisage de changer d’établissement.

Histoire de Rubén

HISTOIRE DE RUBÉN
Dix ans après qu’Alejandro et Lucía ont entamé leur processus de dissidence, le Comité des droits des personnes handicapées (CDPH) de l’ONU a statué que l’État espagnol a violé les droits de Rubén et l’a discriminé en l’écartant de l’école ordinaire pour tenter de l’obliger à fréquenter un établissement d’éducation spécialisée. L’avis est accablant et exhorte l’État à accélérer la réforme législative – conformément à la CDPH – et à adopter des mesures pour considérer l’éducation inclusive comme un droit. La résolution arrive tard pour cette famille, mais elle pose les bases juridiques pour garantir le droit à une éducation inclusive dont pourront bénéficier des milliers d’enfants (https://bit.ly/3fpEchD).

Étape 10. Ajoutez votre nom

  • Quel que soit le résultat final, ajoutez votre nom à la liste des personnes et des collectifs qui, en exprimant leur désaccord, ont contribué à construire une société où les droits sont atteints et respectés pour toutes et tous.

Toutes les histoires documentées dans les exemples de ce guide sont basées sur des situations réelles. Les noms des protagonistes ont été modifiés, à l’exception de ceux de la famille Calleja-Loma (Alejandro, Lucía et Rubén), à la résistance et à la dignité desquels ce guide est dédié. Leur désaccord a permis de mettre en évidence la violation des droits qui se produit dans notre système éducatif et a jeté les bases permettant aux familles d’exiger le droit à une éducation inclusive pour leurs enfants.

Conseils

  1. La clé principale pour mener une dissidence efficace est la construction collective : la lutte est très difficile et éprouvante si elle est menée en solitaire. Cherchez des alliés, identifiez des personnes dans des situations similaires, pensez en termes de processus sociaux plutôt que de votre seul cas. Lorsque cela n’est pas possible avec votre entourage proche, cherchez des alliances via les réseaux sociaux, par exemple.
  2. Il s’agit souvent d’une course de fond : la dissidence est une forme de résistance. Et la résistance est différente de la vitesse. C’est pourquoi il est important de donner du sens à ce que vous faites au-delà des résultats concrets et à court terme. Nous voulons une solution rapide, mais ce n’est pas la seule chose que nous poursuivons.
  3. Tu es important·e, ne perds pas de vue ta santé et ce que tu ressens tout au long du processus. N’enchaîne pas plusieurs processus de dissidence. Repose-toi et choisis tes batailles. Garde toujours la tête haute. Dissentir peut être une tâche ingrate et générer du malaise chez les autres aussi, mais tu défends un droit face à la résistance au changement dans un système injuste.
  4. La dissidence est une forme de solidarité profonde. Bien qu’elle provoque souvent des déceptions, qu’elle t’expose émotionnellement à des vides sociaux et à des regards douloureux, il y a tout le temps un regard aimant porté sur la réalité dans laquelle nous vivons et sur les personnes qui l’habitent. C’est pourquoi nous voulons l’améliorer.
  5. Raconte ce que tu as vécu, car nos mots deviennent une partie de la réalité que nous voulons changer. Écris-le, enregistre-le, dessine-le, représente-le. Tout cela devient la mémoire d’autres personnes qui commenceront leurs dissidences en s’appuyant sur ton expérience. Et cela n’a pas de prix.

Ressources

Bibliothèque

  • Alonso, M., Rascón, M. T., Calderón, I. et la communauté éducative du CEIP La Parra (2023). Comment mener une recherche-action participative. Ministère de l’Éducation et de la Formation professionnellehttps://tinyurl.com/24x82yml.
  • Calderón, I. et Habegger, S. (2012). Éducation, handicap et inclusion. Une lutte contre une école excluante. Octaedro.
  • Calderón, I., Mojtar, L., Cabello, F. et Colectivo Estudiantes por la Inclusión (2021). Comment rendre votre école inclusive. Ministère de l’Éducation et de la Formation professionnellehttps://tinyurl.com/ 29s8ok2v.
  • Cascón, P. (2001). Educar en y para el conflicto. Chaire UNESCO sur la paix et les droits humains.https://tinyurl.com/yqzm72nv.
  • Dahl, R. (2014). Matilda. Alfaguara.
  • Lindgren, A. (2005). Pippi Långstrump. Rabén & Sjögren. Mindell, A. (2015). Sentados frente al fuego. DDX.
  • Moreno, M. (2002). Résolution de conflits et apprentissage émotionnel. Une perspective de genre. Gedisa.
  • Moure, G. (2002). Lily, Libertad. SM.
  • Naranjo, J. (2020). Mariquita. Une histoire autobiographique sur l’homophobie. Sapristi.
  • Puig, M. (2003). El beso de la mujer araña. Seix Barral. Rodríguez Jares, X. (2012). Educación para la paz: su teoría y su práctica. Popular.
  • Romañach, J. (2009). Bioética al otro lado del espejo. Diversidad https://tinyurl.com/yt4cqs6o.
  • Rosenbert, M. (2013). Manual de comunicación no violenta. Gran Aldea https://tinyurl.com/yg2tpo9p.
  • Schmitz, J. et al. (2018). Pratiques restauratives pour la prévention et la gestion des conflits dans le milieu éducatif. Guide de formation. Progettomondohttps://tinyurl.com/yv2p76m4.

Vidéothèque

  • Éducation inclusive. Quererla es crearla (Cecilia Barriga)
  • Crip Camp (James Lebrecht et Nicole Newnham)
  • Les Suffragettes (Sarah Gavron)
  • Les Figures de l’ombre (Theodore Melfi)
  • Harvey Milk (Gus Van Sant)
  • Du silence et des ombres (Robert Mulligan)
  • Matilda (Danny DeVito)
  • Le Cercle des poètes disparus (Peter Weir)
  • Will Hunting (Gus Van Sant)
  • Captain Fantastic (Matt Ross)
  • Billy Elliot (Stephen Daldry)
  • Little Miss Sunshine (Jonathan Dayton)
  • Joue-la comme Beckham (Gurinder Chadha)
  • Fifi Brindacier (Olle Hellborn)
  • Forrest Gump (Robert Zemeckis)
  • Muriel (P. J. Hogan)
  • Devinez qui vient dîner (Stanley Kramer)
  • The Fundamentals of Caring (Rob Burnett)
  • Penser aux autres (Noboru Kaetsu)
  • Je ne suis pas ton ennemi (Robin Bissell)
  • Je suis l’un des vôtres. Notes à contretemps (Roberto Sintes et Ignacio Calderón)

Blogothèque

Quatrième de couverture

L’activisme pour l’équité, l’éducation inclusive et les droits des personnes étiquetées par le handicap a été le lien qui a uni le collectif Radikales Desadaptadas pour partager, à travers ce guide, leurs expériences en élevant la voix face à toutes sortes d’injustices : celles qui semblent minuscules mais qui finissent par nous étouffer au quotidien, celles qui font de l’école un lieu inhospitalier, celles qui relèguent l’humanité au second plan et nous frappent parfois avec toute leur dureté. Car contester est un verbe que toutes les personnes de ce collectif ont conjugué à de multiples reprises, conscientes que tous les droits humains, sociaux, économiques et culturels ont toujours été conquis par la dissidence. Ne pas le faire, c’est accepter la permanence des inégalités qui nous écrasent, et qui sont souvent perçues comme naturelles et inévitables.

Ces pages sont donc une invitation à la dissidence. À remettre en question l’ordre actuel des choses, qui place certaines personnes dans une position subalterne et de vulnérabilité. Il est nécessaire que ces voix soient entendues à l’école et dans d’autres espaces où la vie se déploie, car elles détiennent la clé pour les humaniser et les recréer. Ce guide vise à accompagner ce processus de refus des injustices, en créant ainsi une communauté qui trace de nouveaux sentiers, de nouveaux imaginaires, de nouvelles destinations.

Radikales Desadaptadas est un collectif composé de familles de personnes en situation de handicap qui ont dû exercer à des centaines de reprises différentes formes de dissidence pour lutter contre les diverses formes d’oppression qui les entravent. Mères, pères ou frères et sœurs de personnes désignées par le handicap, qui ont ouvert des voies alternatives pour faire reconnaître le droit à l’éducation de leurs proches et qui s’unissent pour construire des propositions collectives fondées sur l’inclusion et l’équité, sous l’égide du mouvement social « Quererla es Crearla ».